SCIENCE ET FASCISME:

LE CHAMP STATISTIQUE ITALIEN (1910-1945)

Jean-Guy Prévost1

La statistique italienne de la première moitié du XXe siècle se caractérise par les trois traits suivants: (1) l'originalité et l'importance relatives de sa contribution scientifique; (2) sa position nettement dominante vis-à-vis des sciences sociales de l'époque; (3) l'environnement politique "totalitaire" dans lequel elle se développe. Alors qu'on ne saurait parler, autrement que dans un sens étroitement étatique, d'une statistique française ou même allemande, il existe en effet au cours de cette période une statistique proprement "italienne", avec sa définition particulière de la discipline, ses préoccupations distinctes, son vocabulaire original (dont la trace subsiste clairement jusque dans la quatrième édition du Dictionary of Statistical Terms [1981]) et que certains de ses tenants posent en digne rivale de la statistique "anglo-saxonne", laquelle se confond déjà en fait avec la statistique tout court. Par ailleurs, pour des raisons diverses qui tiennent tant à l'importance de l'héritage parétien qu'au succès de la lutte menée par les philosophes idéalistes contre le positivisme au début du siècle et aux balises idéologiques fixées par le régime mussolinien, la statistique s'impose largement comme le langage privilégié des sciences sociales italiennes: de fait, les mêmes auteurs seront économistes, démographes, sociologues, anthropologues, criminologues, mais comme il n'est de science que du mesurable, ils seront aussi, et souvent d'abord, statisticiens. L'aggiornamento que connaît le système statistique italien dans la foulée de l'édification de l'État fasciste, enfin, témoigne de l'importance qu'accordent les nouveaux dirigeants, et au premier chef le Duce, à la statistique officielle comme outil de gestion et de contrôle. 

Science, totalitarisme et champ statistique

L'étude des rapports entre science et politique, plus précisément l'histoire et la sociologie de l'activité scientifique dans le cadre de régimes politiques "totalitaires", ont généralement privilégié deux dimensions: celle des relations entre communautés scientifiques et pouvoir politique, celle de l'orientation et du contenu de la science produite dans un tel cadre. Dans le cas de l'URSS, par exemple, la période stalinienne se caractérise par une subordination complète du monde de la science au pouvoir politique, ce qui se traduit notamment par l'élimination des associations professionnelles et l'application indiscriminée de la terreur. L'"idéologisation" de la science, par ailleurs, y donne lieu à la thèse des "deux sciences" (prolétarienne et bourgeoise), laquelle conduit aussi bien à la mise au ban de la génétique, de la théorie de la relativité ou de la mécanique quantique (pour ne pas parler, bien sûr, des théories sociales ou économiques non conformes au marxisme-léninisme) - jugées idéalistes et pseudo-scientifiques - qu'au triomphe de théories frauduleuses comme le lyssenkisme 1. Si, en ce domaine comme en d'autres, la trajectoire du régime nazi se révèle plus changeante, on trouve là aussi une nette idéologisation de la science, en conformité avec le racisme constitutif de la weltanschauung hitlérienne (distinction entre sciences aryenne et juive, développement des disciplines "raciologiques"), de même qu'une mise au pas brutale de la communauté scientifique (la répression, dirigée d'abord contre les savants juifs, y est toutefois plus ciblée) 2. L'Italie fasciste, premier régime à proclamer sa volonté "totalitaire", présente, en ce domaine comme en d'autres, un portrait moins accusé. Certes, la conformité politique y était de mise, comme en témoigne le serment au Duce que durent prêter, sous peine de révocation, tous les professeurs d'université, et la persécution anti-juive y a sévi à partir de 1938 3. La communauté scientifique y conserva toutefois, tout comme, par exemple, la magistrature ou l'armée, une marge d'autonomie appréciable. 

L'examen d'un domaine comme la statistique est à cet égard particulièrement intéressant: double carrefour situé, sur un plan, à la jonction d'une variété de savoirs (démographique, économique, biométrique, ...) auxquels elle prétend offrir un socle méthodologique robuste, et, sur un autre, à celle de la science, de l'administration et de la politique, la statistique apparaît, pour un État qui se veut "total", comme la science appliquée par excellence. On pourrait donc s'attendre à ce que le contrôle politique et idéologique s'y exerce de façon serrée. De fait, l'intervention, structurelle et conjoncturelle, du pouvoir politique dans le travail statistique est indubitable: elle a trait au rôle de l'État dans l'octroi des ressources, au fait que les nominations aux positions politico-scientifiques les plus importantes sont la prérogative du gouvernement et au rôle de la statistique dans le suivi et l'évaluation de certaines politiques (démographiques et économiques, notamment). Mais on n'assiste pas, en Italie, à la déstructuration complète de la profession statisticienne que connaît l'URSS et, bien qu'elle émarge en partie d'un nationalisme exacerbé, la revendication d'une statistique "italienne" est un phénomène d'une tout autre nature que la science "aryenne"; par ailleurs, la statistique économique, en dépit des professions de foi "corporativistes" ou "autarciques", ne se mue pas en entreprise de pure comptabilité, comme ce sera le cas dans les économies planifiées. 

La statistique italienne possède une dynamique propre: si elle se développe fortement, notamment sur le plan institutionnel, durant le ventennio fasciste, nombre de ses traits remontent à la période immédiatement antérieure et plusieurs des transformations qu'elle connaît ressortissent à une logique interne plutôt qu'à l'action brutale et directe de l'autorité politique. On peut en fait décrire ce développement institutionnel à l'aide du concept de champ statistique. Un champ peut être défini comme un ensemble structuré et multidimensionnel de positions, régi par des critères de légitimité propres. Ainsi, le champ statistique italien se définit essentiellement autour de trois axes: l'université avec ses chaires, ses laboratoires et ses écoles de statistique; celui des regroupements savants, qu'ils prennent la forme d'associations, de congrès ou de lieux de publications; celui, enfin, de l'appareil statistique d'État. Ces trois axes préexistent et survivent au fascisme, d'une manière qui contraste, par exemple, avec l'expérience soviétique: dans les années 1920, les statisticiens russes disposaient de revues, entretenaient des contacts réguliers avec leurs collègues étrangers et s'estimaient redevables à une éthique proprement scientifique; avec l'avènement du stalinisme, et plus nettement à partir des grandes purges, c'est la rupture avec le monde extérieur, le triomphe de l'orthodoxie idéologique sur les normes spécifiques au champ, quand ce n'est pas tout simplement, de la part des statisticiens, la tentative désespérée d'anticiper les volontés du pouvoir politique 4. L'existence d'un champ suppose donc une autonomie relative par rapport à d'autres instances, dans le cas qui nous occupe le champ politique. Les développements et reconfigurations que connaît le champ peuvent certes être dus pour une large part à des facteurs externes (ni la spectaculaire croissance de l'enseignement statistique ni la création de l'Istituto di statistica n'auraient eu lieu sans l'injection de ressources par l'État), mais leur nature et la forme qu'ils prennent doivent beaucoup aux luttes et aux stratégies d'agents eux-mêmes soucieux de consolider leur position au sein du champ. 

L'émergence d'un champ statistique en Italie

S'il existe une riche tradition statistique italienne au XIXe siècle (on décrit les années 1880 comme un "âge d'or"), on ne peut véritablement parler d'un champ statistique avant les années qui précédent et suivent immédiatement la Grande Guerre. Avant cette période, l'enseignement universitaire de la statistique relève des facultés de droit. À partir de 1910 sont progressivement créés une série de "laboratoires" (d'abord à Cagliari en 1910, puis à Trieste, Milan, Venise, ...), d'"instituts" (le premier à Padoue en 1920, puis à Rome, Bari, Milan, ...) et d'"écoles" de statistique (d'abord à Rome et à Padoue en 1927, puis à Florence, Bologne, Milan, ...). Ces institutions permettent à la fois le regroupement de chercheurs, l'accumulation de ressources (bibliothèques et machines) et une standardisation de la discipline (notamment avec l'introduction d'examens obligatoires à l'entrée dans les services statistiques et administrés par les écoles de statistique). De la même façon, il n'existe qu'une seule revue de statistique au tournant du siècle (ce sont les Annali di Statistica, créés en 1871, et où sont publiés essentiellement les résultats des enquêtes menées par la statistique d'État et les décisions des autorités statistiques) et les travaux des statisticiens, de même que leurs débats, se déroulent essentiellement dans des revues générales ou relevant de disciplines autres (sociologie, économie, ...). En 1911, le Giornale degli economisti, fondé en 1879 et dans lequel publient de nombreux statisticiens, devient le Giornale degli economisti e rivista di statistica. En 1920 est créée Metron, revue internationale (elle publie des articles dans quatre langues: italien, français, anglais, allemand) expressément consacrée à la méthodologie statistique. Au cours des années suivantes verront le jour toute une série de revues publiant essentiellement des travaux statistiques: ce sont par exemple Economia (1923), Rivista italiana di statistica (1926), Indici del movimento economico italiano (1926), Il Barometro economico italiano (1929), Genus (1936), Rivista italiana di demografia e di statistica (1938) et Statistica (1941). Au cours de la même période, la statistique d'État italienne, après quelque trois décennies de déclin, connaît un redressement spectaculaire avec la réorganisation du Consiglio Superiore di Statistica (CSS) et la création de l'Istituto Centrale di Statistica (ISTAT): les enquêtes se multiplient, le rythme des parutions se régularise, le personnel se professionalise. La statistique des années 20, 30 et 40 n'a plus ce caractère scientifico-littéraire qui en faisait, au siècle précédent, une entreprise d'enlightenment du "public cultivé". Elle est devenue une activité largement ésotérique, pratiquée par un réseau d'initiés et fonctionnant suivant ses codes propres.

Le nom qui domine le champ statistique italien est celui de Corrado Gini (1884-1965), dont le souvenir tient d'abord au célèbre coefficient qui porte son nom. Par-delà ses contributions proprement scientifiques, Gini est toutefois, d'abord et avant tout, un redoutable entrepreneur intellectuel 5. À travers une série d'initiatives structurantes, il parvient rapidement à cumuler un capital institutionnel impressionnant, sur chacun des axes du champ. C'est Gini qui crée, dans une trajectoire géographique qui l'amène progressivement vers le centre politique du pays, le premier laboratoire (à Cagliari), le premier institut (à Padoue), puis la première école (à Rome) de statistique, laquelle sera élevée au rang de Faculté des sciences statistiques, démographiques et actuarielles de l'Université de Rome en 1936. C'est également lui qui fonde et dirige Metron, les Indici del movimento economico (qui deviendront La Vita Economica Italiana en 1931), puis Genus, traduisant ainsi sur le plan éditorial la prétention méthodologique de la statistique italienne. Gini est par ailleurs le maître d'oeuvre du monumental Trattato elementare di statistica et le créateur du Comitato Italiano per lo Studio dei Problemi della Popolazione (CISP), un organisme de recherche généreusement doté par le gouvernement fasciste, deux entreprises auxquelles collaboreront des dizaines de statisticiens italiens. En 1926, Gini, qui a l'année précédente siégé à la Commission constitutionnelle des XVIII, dite des Solons, est nommé président du tout nouvel ISTAT et du CSS. En dépit de quelques échecs retentissants (il démissionnera de son poste de président de l'ISTAT en 1932 et sera suspendu de ses fonctions universitaires et scientifiques - pour activités fascistes - pendant un an au lendemain de la guerre), Gini demeurera une figure de premier plan jusqu'à sa mort (il sera notamment président de la Società Italiana di Statistica [SIS] de 1949 à 1965). Cette position lui vaudra de constituer un réseau d'alliés qui se reconnaîtront comme membres de "l'école italienne de statistique". Mentionnons parmi ceux-ci: Gaetano Pietra (1879-1966), qui succédera à Gini à la tête de l'Institut de statistique de Padoue, siégera lui aussi au CSS (1929-1943), deviendra premier président de la SIS (1939-1941), puis son vice-président (1949-1966); Paolo Fortunati (1906-1976), élève de Pietra, professeur à Padoue, puis à Ferrara, Palerme et Bologne, résistant courageux puis sénateur communiste en 1946, directeur de la revue Statistica, membre du CSS (1948-54), vice-président (1964-1966), puis président de la SIS (1966-1976); Marcello Boldrini (1890-1969), biométricien dont la carrière se déroulera pour l'essentiel à Milan puis à Rome, membre du CSS (1929-1943), vice-président de la SIS (1939-1945), lié de près aux activités de l'État dans le domaine des hydrocarbures. 

Le champ statistique compte bien sûr d'autres figures importantes, qui ne sont guère redevables à Gini. Mentionnons en premier lieu le doyen de la statistique italienne, Rodolfo Benini (1862-1956), professeur dès 1889, auteur en 1906 d'un traité qui deviendra classique, les Principii di statistica metodologica. Personnage central de la statistique officielle dans les années d'après-guerre, ulcéré qu'on lui ait préféré le "jeune" Gini pour occuper le poste de président de l'ISTAT et du CSS en 1926, il demeurera membre de ce dernier sur ordre exprès du Duce. Giorgio Mortara (1885-1967), professeur "ordinaire" de statistique dès l'âge de vingt-quatre ans, co-directeur (avec Alberto Beneduce et Maffeo Pantaleoni) du Giornale degli economisti, responsable de la section statistique du commandement suprême de l'armée pendant la guerre, lié de près aux milieux industriels et bancaires, sera pour sa part contraint à l'exil en 1938 (il mettra sur pied les services statistiques du Brésil). Livio Livi (1891-1969), fils de Ridolfo (1856-1920), l'un des membres fondateurs de l'Institut international de statistique, aura lui aussi des activités universitaires et éditoriales de premier plan. Directeur de l'École de statistique de Florence, fondateur des revues Economia et Il Barometro Economico, membre du CSS (1926-1929, puis 1931-1943), Livi mettra sur pied en 1937 le Comitato di Consulenza per gli Studi sulla Popolazione (CCSP), puis, l'année suivante, la Società Italiana di Demografia e di Statistica (SIDS). Luigi Amoroso (1886-1965), mathématicien de formation qui deviendra le principal économiste "parétien" de l'entre-deux-guerres et dont la carrière universitaire culminera dans l'obtention de la chaire d'économie politique à l'Université de Rome en 1926, siégera au CSS de 1926 à 1943 et joindra, comme Benini et plusieurs autres, le CCSP et la SIDS plutôt que le CISP et la SIS. Costantino Bresciani-Turroni (1882-...), élève de l'Allemand L. von Bortkiewicz, figure de proue du libéralisme économique et président de la Banca di Roma à partir de 1945. Franco Savorgnan (1879-1963), qui, en 1932, succédera à Gini à la tête de l'ISTAT et du CSS (et sera l'un des signataires du Manifeste des scientifiques racistes en 1938). Alfredo Niceforo (1876-1960), sociologue et criminologue de l'école de Lombroso, titulaire de la chaire de statistique à la Faculté d'économie et de commerce de l'Université de Rome, membre du CSS pendant plusieurs décennies. Alfonso de Pietri-Tonelli, économiste spécialiste des questions boursières, mais aussi réputé pour ses travaux en matière de santé publique, auteur en 1943 d'une Théorie mathématique des choix politiques. Etc. 6

Champ statistique et discours statistique

L'objet de cette recherche est de mettre en lien, d'une part, la forme et le contenu de la statistique italienne de l'entre-deux-guerres et, d'autre part, le rôle politico-culturel joué par ce réseau particulièrement dense de "technocrates-idéologues" 7. Les statisticiens italiens, en effet, de par les positions qu'ils occupaient au sein de l'Université ou de la statistique officielle, de par les liens étroits qu'entretenaient plusieurs d'entre eux avec l'entreprise privée, ont indubitablement assumé des fonctions importantes aussi bien dans la formation des fonctionnaires et des élites économiques qui se rallieront au fascisme et lui permettront de se maintenir que dans la définition et l'évaluation de certaines des politiques importantes du régime. Dans le même mouvement, de par le prestige scientifique et la reconnaissance, interne et externe, dont bénéficiaient leurs travaux, ils ont su développer ce que l'on pourrait appeler une sorte de fascisme "rationnel", synthèse dans laquelle un esprit animé par l'idéal scientifique pouvait satisfaire des aspirations simultanément nationalistes et modernisatrices 8. Or, ce qui permit aux statisticiens de jouer un tel rôle, c'est précisément l'autonomie dont ils continuèrent de bénéficier dans un régime "totalitaire", la persistance de normes scientifiques non immédiatement réductibles aux impératifs politiques du jour, la valeur et l'originalité de leur production intellectuelle. 

Le travail projeté comportera deux dimensions. La première a trait à la topographie du champ statistique proprement dit: il s'agira d'en dégager la structure (provisoirement décrite ici à l'aide des trois axes - université, édition, statistique d'État), d'y situer l'ensemble des agents, d'en suivre les reconfigurations en lien avec celles que connaissent d'autres champs, au premier chef, bien sûr, le champ politique. La seconde a trait à la production intellectuelle des agents du champ, c'est-à-dire à la statistique envisagée comme ensemble d'outils et d'hypothèses portant tout aussi bien sur des questions méthodologiques que sur des domaines particuliers de la réalité sociale. Plus précisément, nous examinerons les thèses et les débats ayant trait (1) à la nature même du travail statistique et à la position qu'il occupe vis-à-vis d'autres types de savoir, (2) aux problèmes méthodologiques que pose le travail statistique et aux outils qu'il met en oeuvre, (3) au savoir positif que procure la statistique en regard des problèmes qui occupent (3a) la démographie, (3b) la science économique et (3c) la science politique 9. 

NOTES

1. Paul R. Josephson, "The Political Economy of Soviet Science from Lenin to Gorbachev", in Etel Solinger (ed.), Scientists and the State. Domestic Structures and the International Context, Ann Arbor, The University of Michigan Press, 1994, p. 145-169. Sur le péril mortel que constitue pour l'activité scientifique la combinaison d'un pouvoir politique absolu et d'une idéologie à prétention universaliste, voir l'ouvrage plus ancien de Loren R. Graham, Science and Philosophy in the Soviet Union, New York, Random House, 1974. Sur l'affaire Lyssenko, voir l'ouvrage de Dominique Lecourt, Lyssenko, Histoire réelle d'une "science prolétarienne", Paris, Maspero, 1976. 

    2. Sur l'expérience nazie, voir: Frank R. Pfetsch, "Germany: Three Models of Interaction - Weimar, Nazi, Federal Republic" in Solinger, op. cit.; Josiane Olff-Nathan (dir.), La science sous le Troisième Reich, Paris, Seuil, 1993; Serge Guérout, Science et politique sous le Troisième Reich, Paris, Ellipses, 1992.

     3. Sur ce point, voir Giorgio Israel e Pietro Nastasi, Scienza e razza nell'Italia fascista, Bologna, Il Mulino, 1998. 

    4. Le destin tragique des statisticiens-démographes russes a fait l'objet des nombreux travaux d'Alain Blum. Celui des statisticiens-économistes est exposé par Alessandro Stanziani dans L'économie en révolution. Le cas russe, 1870-1930, Paris, Albin Michel, 1998. 

    5. Auteur "extraordinairement prolifique", Gini a couvert un spectre passablement large de disciplines et de problèmes: une part substantielle de sa bibliographie de plus de 900 titres relève bien sûr de la méthodologie statistique proprement dite, mais nombreuses sont aussi ses contributions à la démographie, à la sociologie, à l'économie, à l'étude des phénomènes migratoires ou des populations primitives. 

    6. La question des frontières du champ statistique et du dénombrement des agents doit se fonder sur un recours critique aux critères utilisés par les agents eux-mêmes pour se reconnaître comme appartenant au champ ou non. Ainsi, Statistica publie entre 1956 et 1959 les bio-bibliographies de 61 statisticiens italiens qu'elle juge de premier plan. N'y figurent toutefois pas ceux qui sont morts avant 1956 et au moins un statisticien de fort calibre, Felice Vinci, en est mystérieusement exclu. Si l'on tient compte de l'ensemble des chaires, des listes de membres de la SIDS et de la SIS, etc., on peut estimer que le champ compte entre cent et deux cents agents sur l'ensemble de la période. 

    7. J'emprunte l'expression à Silvio Lanaro, Nazione e lavoro. Saggio sulla cultura borghese in Italia 1870-1925, Venezia, Marsilio Editori, 1979.

    8. J'emploie l'expression fascisme rationnel par opposition au fascisme "romantique", mâtiné de Nietzsche et de Sorel, et au fascisme "mystique" à la Evola, qui ont largement retenu l'attention des chercheurs à ce jour. 

    9. On peut considérer comme un premier produit de cette recherche (et ayant trait au point 3c) mon article "Une pathologie politique. Corrado Gini et la critique de la démocratie libérale", à paraître dans la Revue française d'histoire des idées politiques. 


1 Université du Québec à Montréal.